Panorama sur le film allemand
19 janvier, 2006
Article écrit à l’occasion du Festival du film allemand à Nantes, organisé du 9 au 15 Nov. 2005 par le CCFA (Centre Culturel Franco-Allemand de Nantes). Le prochain aura lieu en novembre 2006.
Depuis quelques années, le cinéphile français voit apparaître ponctuellement sur ses écrans des productions allemandes. Au premier trimestre 2005, les films allemands fleurissent sur nos affiches françaises : sept films sortent en moins de trois mois.
En février 2005, trois films : En route, Voyage scolaire et Marseille sortent sous l’intitulé de nouvelle vague allemande en référence, naturellement, à la grande époque du cinéma français et de grands réalisateurs allemands tels que Wenders et Fassbinder. Cette sortie créant l’évenement est elle un coup médiatique ou une réalité ? Cours, Lola, cours (Lola rennt) et Good bye Lenin, succès des deux côtés du Rhin de ces dernières années ont marqué sans doute une renaissance du cinéma allemand et semblent avoir ouvert la porte à son exportation. Quant à parler d’une nouvelle vague du cinéma allemand dans les deux pays ? Comment se porte le cinéma allemand?
Depuis la sortie de Good bye Lenin en 2003 (1,5 millions d’entrées), chacun parle d’un renouveau du cinéma allemand, cela sur le plan international. Le cinéma d’outre-Rhin se porte bien. La production de films est constamment en hausse et de 2000 à 2004, les parts de marchés passent de 12,5% à 23,8% pour les films allemands. Même si la tendance mondiale de la fréquentation des cinémas pour le premier semestre 2005 est à la baisse, on parlait au début de l’année d’un petit miracle du film allemand. Non seulement les productions augmentent, mais aussi les budgets et les subventions et les spectateurs vont voir les films réalisés par leurs compatriotes. En 2004, en Allemagne, 36,7 millions de spectateurs vont voir des productions allemandes, contre 25,3 millions en 2003, soit une augmentation de 45% !
Nombreux sont les films en compétition et récompensés dans les grands festivals internationaux : en 2005, The edukators est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, Monsieur Zucker joue son va-tout rafle six prix lors du festival du film allemand, beaucoup des films de la programmation de notre festival sont sélectionnés et primés à la Berlinale, La chute, sorti en janvier, est nominé aux oscars etc. On voit en Europe et dans le monde entier fleurir des festivals du film allemand depuis les cinq dernières années (le dernier né aura lieu à Budapest en décembre), et en Allemagne, cette année le festival de Ludwigshafen a été créé pour promouvoir les films de jeunes réalisateurs allemands et des films à dimension plus artistique que commerciale.
On y produit des films documentaires, des courts-métrages (l’Allemagne est l’un des plus gros producteur de courts-métrages au monde), et des films divers et variés qui arrivent à concurrencer les grandes productions américaines au box office allemand. Les cinéastes abordent des thématiques contemporaines comme l’ouverture de l’Allemagne à l’Est, la société actuelle (Une famille allemande), l’Europe (One day in Europe), le poids du passé…
A l’affiche des cinémas français, les spectateurs ont pu retrouver les films sélectionnés et récompensés dans les festivals. Ils ont pu voir aussi dans certaines salles de plus petites productions couronnées de succès en Allemagne comme Schultze gets the blues ou Une famille allemande.
En février, les trois films lancés par le même distributeur français : Marseille, Voyage scolaire et En route, profitent d’une vague lancée par la Chute (der Untergang), et arrivent à l’affiche en France.
Les distributeurs expliquent : “Il nous a semblé important afin d’apporter un éclairage supplémentaire sur la nouvelle génération de cinéastes allemands, de montrer les oeuvres de trois d’entre eux. Si nous avons décidé de montrer Voyage scolaire de Henner Winckler, En route de Jan Krüger et Marseille de Angela Schanelec, c’est parce que nous pensons que leurs auteurs sont représentatifs chacun à leur manière de ce que nous appelons La Nouvelle Vague Allemande. Ils explorent certes de façon très différente les confins du cinéma mais ils portent en eux une même exigence pour leur art et un regard d’une grande justesse sur les flottements identitaires d’une jeunesse européenne » (maison de production : Schramm Films).
Le succès des films auprès des publics allemand et français s’expliquerait par l’actualité des thèmes rencontrés et traités et préoccupations des spectateurs (comme par exemple l’égarement dans un monde qui s’agrandit de plus en plus), même dans des films légers et humoristiques comme One day in Europe, où l’on se confronte à l’étranger !
Oskar Roehler, dans Une famille allemande souhaitait montrer dans une métaphore de la société allemande que les personnes sont prisonnières de leurs contraintes sociales ou psychologiques.
Cependant tous ces films ne sont souvent pas distribués dans des « grands cinémas ». Restent-ils réservés à une élite intellectuelle ou à un public germanophone et/ou germanophile ? Sur quelles chaines télévisuelles verrait-on diffusés Rosenstrasse ou la Chute ? Head on (Gegen die Wand) récompensé à la Berlinale, succès phénoménal en Allemagne est sorti en France en plein été et distribué dans très peu de cinémas ! Des films comme Sophie Scholl, les derniers jours (meilleure actrice Julia Jentsch, Berlinale 2005) ou Monsieur Zucker joue son va-tout qui sont arrivés en tête du box office allemand n’ont pas encore à ce jour de distributeur français. Pourquoi ? Que redoute-t-on en produisant des films allemands ? Ces films sont à vrai dire salués par la critique et par le monde du cinéma !
Les films français, au contraire, n’ont pas ce problème pour traverser le Rhin. A vrai dire, si l’on compare le budget du Centre National de Cinématographie (500 millions d’euros) et celui de son équivalent allemand, la Filmfoerderungsanstalt FFA (qui a financé One day in Europe, Gespenster et Marseille en 2004), on peut constater que ce dernier n’atteint pas les 15% de son homologue français. La FFA disposait cette année de 76 millions d’euros. Ce budget est souvent revu à la hausse, et neuf « fonds » régionaux (au niveau fédéral) viennent compléter la subvention qui atteint environ 200 millions d’euros.
Concrètement le cinéphile en France aura chaque semaine le choix entre plusieurs productions françaises, ce qui est loin d’être le cas en Allemagne, où (encore actuellement) la faible quantité de films allemands doit partager l’affiche avec une plus grosse proportion de « blockbusters » américains. Chacun connaît cependant la politique culturelle française et son statut d’exception : plus de subventions donc de productions.
La chute ou The Edukators, grands succès de ce début d’année n’ont pas eu un statut d’exception. Le succès que rencontrent les films allemands (bien distribués) montre que le cinéma germanique renaît même si le public est encore relativement restreint voire intellectuel. Les chiffres le prouvent et la réputation de grands réalisateurs tels que Wolfgang Becker, Fatih Akin, Oskar Roehler ou Tom Tyker le confirme. Le cinéma allemand souffre encore d’une mauvaise réputation avec une transposition de clichés (il traite de son histoire, mais peut aussi faire rire ! regardons Monsieur Zucker joue son va-tout ou One day in Europe). Le but donc dans la projection de films variés est de démocratiser l’accès au film germanique et de tordre le cou à ces clichés. Le film allemand vit !
23 janvier, 2006 Ã 10:17
Salut Cécile,
Je me suis régalée en lisant ton article, merci à toi d’avoir tenu parole et de nous enrichir de cette excellente contribution !
23 janvier, 2006 Ã 10:19
Warum wird im deutschen Film so viel geredet ?
Je me suis souvent posé cette question. L’article de Céline m’a donné envie d’aller faire un petit tour sur les sites du cinéma allemand, et au detour d’un interview avec Andreas Ströhl, directeur du festival de Münich en 2005, j’ai trouvé un élément intéressant de réponse.
„Dass im deutschen Film so viel geredet wird, liegt auch an der Förderung. Der Adressat eines Drehbuchs ist nicht der Regisseur, sondern das Fördergremium, das anhand der Dialoge entscheidet, ob ein Film einen Zuschuss erhält oder nicht. Es ist sehr schwer, Atmosphären und Lichtstimmungen in Sprache umzusetzen.“
Voilà , à part ca, moi j’ai un faible pour Tom Tykwer et pour un film peu connu de lui, que j’avais vu dans un cinoche berlinois en 1997: WINTERSCHLÄFER
L’action se passe dans des montagnes bien connues du BILD, à Berchtesgaden…
Une drôle d’histoire d’amnésie, de tatouage, de moniteur de ski qui-fait-le-beau, de vrai traumatisme et de lenteur méthodique, bref tout le contraire de Lola rennt. A voir.
Et pour en savoir plus sur Tom Tykwer:
http://www.tomtykwer.de/02_biographie/index.shtml
Et puis comme j’ai adoré „the Edukators“, je vous renvoie au site allemand du film, juste pour le plaisir - et parce que je préfère le titre original - !
http://www.diefettenjahre.de/index_flash.html
1 février, 2006 à 21:04
Camisanegra,
as-tu reçu mon dernier mail ? Qué-pà sa ?
Hotmail=Schrottmail?