Je prends aujourd’hui la plume par gratitude. C’est une bonne raison d’écrire, après tout. Gratitude envers l’OFAJ, une fois n’est pas coutume. Le manuel d’histoire franco-allemand, pour moi, est un vieux rêve de lycéenne.

J’avais 18 ans en 1986, et j’avais appris que la France avait « gagné la seconde guerre mondiale, grâce aux alliés ».

La première guerre mondiale était réduite à une affaire de manoeuvres militaires, et elle avait commencé à Sarajevo, chose parfaitement incompréhensible puisque non expliquée; l’antisémitisme était allemand, la collaboration le fait de quelques brebis galeuses, la résistance était héroique, les Ricains vraiment sympas, les Anglais vraiment tenaces, quant aux Polonais, grâce à qui la France s’était retrouvée en guerre avec l’Allemagne, franchement ils auraient pu résister un peu plus, on aurait eu le temps de se retourner, au lieu de ca on avait pris une raclée monumentale grâce à la supériorité technique et aérienne de l’Allemagne.


La seule fois où j’ai été mise à la porte d’un cours ( car j’étais très sage ), c’était le cours d’histoire de Terminale sur la « Blitzkrieg »: « les Stukkas plongent en piqué ». J’en avais tellement marre, de passer à côté de l’essentiel, que je m’étais mise à faire le Stukka ( un avion de guerre allemand, vous aurez compris), en utilisant le pouce et le majeur pour me faire des lunettes d’aviateur, et puis mon Stukka avait des ratées (forcément j’étais l’Ennemi, donc je ne pouvais que m’écraser au sol, logique, psychologiquement parlant), et je me suis prise au jeu, j’ai oublié que j’étais dans une salle de classe, je me suis mise à vrombir de plus en plus fort… et je me suis retrouvée dehors. Je ne l’ai jamais regretté. La preuve, je m’en vante encore aujourd’hui.

L’anecdote montre à quel point l’enseignement de l’Histoire, sans doute partout mais notamment en France, est un sujet sensible. Qui laisse des traces en chacun de nous. Qui en laisse encore plus à ceux qui ne font pas d’études supérieures ; ceux qui n’on pas la chance d’avoir, quelques années plus tard, un prof allemand venu de Hamburg, qui passe tous les lundis matins dans sa voiture de location puis dans les cafés, parce qu’aucun collègue de l’Université de Bordeaux ne pense à l’inviter chez lui, alors que son avion atterrit à 6 heures du matin…Heureusement, les étudiants, eux, y pensent.
Un prof qui monte sur la table pour nous mimer le premier putch d’Hitler dans une brasserie munichoise, un prof qui nous parle d’antisémitisme à l’échelle européenne, un prof qui nous parle de liens historiques, de causes socio-économiques : un vrai prof d’Histoire, qui n’a pas peur de nous montrer des films de propagande nazie, qui n’a pas peur d’analyser et de démonter, sur le plan de la rhétorique, un discours radiophonique de Goebbels et un discours de Jean-Marie Le Pen. Hier, j’ai vu un reportage sur le bidonville de Nanterre ( sur « Beur TV »). L’un des interviewés a dit en substance: « c’est la France, en tant que Nation, qui a un problème avec sa propre Histoire ».

Je suis d’accord. Le manuel franco-allemand, c’est un premier pas. J’appelle de mes voeux le prochain manuel binational, qui dépassera largement lui aussi le cadre des Nations qu’il implique: le manuel d’histoire franco-algérien.

Mais là , je ne sais vraiment pas à qui m’adresser… Y-at’il un autre OFAJ, un office franco-algérien pour la jeunesse ?
En attendant, un bon point à “notre” OFAJ, qui a réussi à faire remonter une idée des jeunes au niveau politique et à lancer un projet éditorial à la symbolique puissante.

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