Das Leben der anderen / la vie des autres
3 mars, 2007
Gros succès et une excellente critique. A voir et à revoir. Un succès de plus pour le cinéma allemand !
En 1984 à Berlin-Est, dans un centre de formation de la toute puissante et redoutable STASI (police secrète du régime), des étudiants écoutent avec attention le cours de l’officier Gerd Wiesler sur les méthodes d’interrogatoire. Le personnage est précis, méticuleux, sans faille. Le genre de type qui pourrait être archiviste ou balayeur, le genre qu’on ne remarque pas mais qu’on devine redoutable. Un ancien camarade d’université, devenu son supérieur, le Lieutenant Grubitz, lui confie la tâche de surveiller un célèbre écrivain de théâtre, très en vue et réputé acquis au parti, ami de Mme Honecker, épouse du Président. Dès le lendemain Wiesler installe un système d’écoute dans l’appartement de l’écrivain, qui partage sa vie avec une actrice. Bien décidé à démasquer un de ces intellectuels revendicateurs et subversifs, il va découvrir de tout autres vérités qui vont faire basculer ses certitudes…
La Vie des autres est un de ces films historiques qui nous régalent. À la fois classique dans ses développements, sa narration, et résolument moderne, issu de la nouvelle école allemande, avec un travail superbe sur les cadres et la lumière. Mais l’adhésion que suscite le film auprès d’un public déjà nombreux s’explique sans doute parce qu’il va au-delà du film historique. Même si la reconstitution de cette Allemagne de l’Est du milieu des années 80 est très réaliste et minutieuse : le tournage de nombreuses scènes s’est tenu dans les lieux même où ont eu lieu les faits, comme dans l’ancien QG de la STASI aujourd’hui transformé en musée.
On se passionne pour les destins croisés de personnages qui se débattent avec leurs contradictions dans un monde finissant. Des destins qui prendront inéluctablement une nouvelle trajectoire avec la chute du Mur de Berlin et la fin du régime communiste. Et si le film nous touche, c’est qu’il parle autant de nous que de ses personnages : il parle de doute, de choix, de trahison, de liberté, d’engagement et de renoncement. Il parle d’une société régie par la peur, d’un état devenu ultra sécuritaire ou chacun est fiché et catalogué.
Florian Henckel emprunte autant au film d’espionnage qu’au mélo, au film policier qu’au drame social. Il réussit avec un talent rare à utiliser cette large palette pour livrer une œuvre captivante : le film distille une tension parfaitement dosée, au fil d’un récit redoutablement efficace. Le pari le plus dangereux était sans doute de nous faire aimer le capitaine Gerd Wiesler, cet officier froid comme la mort. Et pourtant, on se surprend à éprouver une grande empathie pour lui, en l’accompagnant pas à pas, dans le détail de son travail qui l’obsède. Lui « le bouclier et l’épée du Parti », lui qui vit dans une solitude crasse, qui n’a ni ami, ni collègue, ni voisin. Lui qui n’ose pas demander le nom d’un de ses voisins parce qu’il sait qu’il devra inévitablement faire une fiche sur lui. Cet homme qui découvre le théâtre, l’amour, la passion, la musique et qui tout à coup vacille… finit par être bouleversant.
Le talent et la physionomie de Ulrich Mühe y sont pour beaucoup. Cet incroyable comédien que l’on a pu voir chez Haneke et plus récemment dans Amen de Costa-Gavras, où il interprétait le tristement célèbre docteur Mengele, nous entraîne au plus près des émotions que traverse son personnage et nous livre son humanité. La Vie des autres est une réussite complète, un film fort qui confime avec éclat la belle santé d’un cinéma allemand en pleine renaissance.
30 mars, 2007 à 21:46
Merci Thomas de cette belle critique, moi aussi j’ai aimé ce film où un rond-de-cuir découvre la liberté dans l’art avant de la découvrir en lui-même.
C’est un plaisir de te lire…alors continue à écrire !